
» Et bien, mon cher, ne restez pas planté là, bougez!
Voila que Mozart arrive, vite, vite, suivez-moi, allons à sa rencontre.
C’est un des pires libertins, mais quel talent il a!
Regardez, il est suivi par Haydn, fauché aussi, à ce qu’on dit.
Les pauvres n’ont pas de talents dans leur bourse, mais ils ont parfois du talent.
Et bien, vous pourriez rire au moins, mon pauvre ami, et constater que j’ai les deux!
Ho! Voila Beethoven! Quel grincheux celui-là! Un sourire lui couterait une oreille, on pourrait croire! Et toujours sourd comme un pot, d’après ce qui se raconte! C’est un rustre, si bien que ça m’étonne de le voir ici car il paraitrait qu’il ne sort guère plus de chez lui.
Et comment s’appelle-t-il déjà celui qui le suit? Il était invité au mariage de ma sœur, c’est lui qui avait composé l’air de la cérémonie.
Ah, oui! Cela même! Vous l’avez reconnu! C’est bien Mendelssohn. Ça m’étonne de vous! Vous qui vous ne vous rappelez jamais d’aucun nom! A peine du votre, si cela se doit!
Ce Mendelssohn était resté toute la soirée collé au buffet à s’empiffrer de petits fours, et à lui tout seul, il s’est descendu deux ou trois bouteilles de ce vin pétillant, du champagne, commandé tout spécialement pour l’occasion.
On dit qu’il est juif, de surcroit.
Mais non, qu’allez-vous croire, je dis cela comme ça.
Jamais il ne me serait venu venu à l’esprit d’être ainsi inconvenante.
Oh, regardez, Dvorak est là, planté sur le seuil, comme s’il n’osait se montrer.
Il est d’une timidité maladive, à ce qu’il parait.
Normal qu’il n’arrive pas à percer.
C’est Camille Saint-Saëns qui le pousse pour entrer.
Ça ne m’étonne pas.
On le surnomme l’enfant prodige français, et quand on connait les parisiens, on sait qu’ils ne manquent d’aucun culot.
Attention, attention, reculez , voila Tchaïkovski qui franchit le pas de la porte et, à ce qui se dit, il aurait attrapé la scarlatine. Même s’il est guéri, on ne sait jamais, c’est si contagieux cette peste à pustules!
Regardez qui vient, mais regardez donc! C’est Bach! Haha, la grenouille de bénitier, c’est ma cousine qui lui a donné ce quolibet, elle qui emploie chez elle parfois la bonne du curé, celle -ci est formelle: il n’a jamais raté une seule messe depuis qu’il s’est installé dans cette ville. D’ailleurs personne n’en doute en constatant son air austère.
Houla, quel contraste, là, c’est le pêcheur, le pêcheur à la truite, Schubert, quoiqu’il n’ait jamais attrapé aucun poisson, mais bien la syphilis! Il court, à ce qu’il parait, le Schubert!
On ne parle que de ça dans les nobles diners.
Il me fait mal au cœur, ce Verdi, quelle mine défaite, il vient de perdre son épouse et avant elle, ses deux enfants. Quelle poisse!
Et pour rester dans les deuils, voila que se présente Boccherini qui a enterré sa mère l’année dernière. Il ne s’en remet pas non plus, le pauvre bougre!
Tiens donc, voila qui voila! Sans surprise! C’est Carl Philipp Emanuel Bach, toujours aux basques de son père. Et vu qu’ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, personne ne pourra prétendre qu’ils ne sont pas père et fils. Ça fera taire les mauvaises langues!
Oh! Attention! Voila le Diable en personne, Paganini, qui aurait utilisé les boyaux de plusieurs femmes qu’il aurait éventrées lui-même pour en faire des cordes à son violon. Vu la tête qu’il a, cela ne m’étonnerait guère.
Non, pas possible! Là, c’est Edvard Grieg et sa chevelure folle. Ce n’est pas la musique qu’il aurait du apprendre, cet hirsute, mais bien à se coiffer!
Voici du beau monde, le gratin du salon, romantique et fort pâlot, Chopin, qui fait le tour de la salle en saluant et faisant révérences.
Répondez-lui donc au lieu de le regarder en chien de faïence, ça ne coute rien et cela lui fera plaisir.
C’est Johann Strauss qui suit, mais fils, puisque le père est mort, il y a quelques mois déjà.
Il est accompagné de son ami Brahms, comme toujours d’ailleurs, on les croirait comme des inséparables, ces deux-là.
Laissez-moi rire, je vous en prie!
C’est bien ce Satie qui était le pire cancre de toute l’école?
Qui aurait parié sur ce mauvais cheval?
Un peu comme ce Debussy qui faisait l’école buissionnère.
Bon! Depuis, il a rattrapé ses années d’errance pour exploiter sans gâchis ce don exceptionnel.
Celui qui le suit est ce lunaire de Gustave Holst, planant de planète en planète, quel extra-terrestre il fait! Il n’a jamais atterri, à ce qu’on dit de lui!
Tu veux savoir la dernière sur celui qui entre? C’est Liszt! Il vient de se faire ordonner curé. Dis donc, ça lui a donné un sacré coup de vieux la soutane!
Et sur le devant de la salle viennent Schubert et sa femme, Clara, sacrée pianiste celle là, sans aucun doute, mais aussi infirmière très dévouée. Il est tout le temps malade, le Robert, il faut bien veiller sur sa santé fragile.
Bonjour Monsieur ? Comment vous dites? Petzold!
Mon époux vous connait-il?
Fort bien, dans ce cas, soyez le bienvenu à notre petite soirée.
Ah, par contre, mon très cher époux, je pense bien que vous reconnaissez le Sieur Offenbach!
Dès qu’il y femmes de petite vertu, cela vous intéresse beaucoup plus, ou je me trompe?
Moi, celui qui m’intéresse, c’est ce Rachmaninov. Quelle classe, il a! Comme il est bien vêtu!
Quant à ce John Williams, que peut-il bien venir faire ici? Il fait tache, non?
Smetana, quant à lui, a aussi attrapé la syphilis, il en devenu à moitié fou. Si ce n’est pas une honte!
Borodin a du sang sacré du côté de son père. On le remarque tout de suite car il a hérité de sa classe naturelle, mais juste quand il se tait! Dès qu’il ouvre la bouche, c’est sa paillarde de mère que l’on entend!
Encore un curé, Vivaldi, même si on a peine à y croire tant sa réputation est entachée!
Mon préféré est encore ce Haendel, né d’une bonne famille, et qui plus est, enfant prodige.
Mais qui voila donc?
Sir Elgar!
Je vous croyais parti vous reposer dans votre maison de campagne.
Ah, vous teniez à me rencontrer!
Mais quel honneur, vous me faites, Sir!
Si l’âge ne m’avait tant aguerrie, je rougirais!
Enfin, le dernier!
Oui, bon dernier même, c’est Pachelbel.
Toujours nonchalant.
Même sa molle révérence n’en finit pas!
Et bien, allons y, mon bel et tendre époux, j’ai vu tout ce qu’il y avait à voir!
C’est la cousine Hortense qui sera verte de jalousie de m’avoir su dans tout ce si beau monde.
Le concert?
Mais vous n’y pensez pas, tout de même!
Quel triple sot vous faites!
Les potins, ça oui alors, mais le potin de toute cette tintamarre, ah non, pour ça non!
A chacun son domaine!
Le mien s’arrête dès la première note jouée!
Allez, dépêchez vous!
Ou vous allez nous mettre en retard, comme c’est votre habitude!
Allez, vous dis-je!!! »

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