Un sans dit

Je m’étais enfui sur la colline d’où je regardais les flammes consumer mon village.

L’épouvante était à son comble.

De là où je me trouvais, je pouvais entendre les cris de leur agitation.

Ceux des hommes braves, résolus à combattre le feu de tous leurs maigres moyens.

Ceux des femmes affolées, courant pour sauver leurs enfants.

En bruit de fond, crépitait le brasier.

La fumée dessinait un funeste chemin qui montait vers le ciel.

Même les étoiles ne brillaient plus.

Éteintes par les lumières de l’incendie.

La plupart des bêtes non plus, n’avait pas pu s’échapper.

Une odeur acre, si forte, que de si loin où j’étais venu me cacher, m’enivrait. 

Pourquoi donc avais-je fui?

Ma place n’était-elle pas aux côtés de ma famille?

De tous ceux avec lesquels j’avais grandis?

Je pleurais parce que c’était toute ma vie qui brûlait là.

Je ne bougeais plus.

Tétanisé.

La poitrine secouée de spasmes.

Les mains toutes tremblantes.

Peu à peu, je sombrais dans la folie, me mettant à rire aux éclats.

Je repensais aux jours d’école.

Au tableau noir que blanchissaient les énoncés de grammaire, les calculs, vrais ou faux, les règles de Troie, aux abois, et les corrigés de dictées, tracés à la craie.

Mes camarades devaient être morts, eux aussi.

Hier encore sonnaient leurs billes en jeu à l’heure de la récréation.

Jamais plus ils ne seraient vivants.

Ni eux, ni plus aucun habitant.

Ni même mes parents.

C’est alors que j’entendis au loin l’aboiement des chiens.

Ils me cherchaient.

Pour sûr.

Je me mis à courir.

Je quittais le sentier, à travers les ronces et les buissons.

Je dévalais la pente, de l’autre côté, m’enfuyant au plus loin, sûr de trouver un autre village que le mien, qui m’accueillerait parmi les siens.

Je marchais sans m’arrêter des heures durant.

Puis m’assis pour me reposer enfin un peu.

Le calme était tout à coup revenu.

La campagne sentait bon le blé, l’orge et la moisson.

Le nez haut dans les nuages, grisé, comblé, je jubilais de toute mon âme, moi, le pyromane!

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